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Histoire d’arrêt de la Cour de Justice de la CEDEAO, ça change quoi au quotidien des Togolais ?

Ndiinfos 07 NOV. 2026 a 03h06 5 min de lecture
Histoire d’arrêt de la Cour de Justice de la CEDEAO, ça change quoi au quotidien des Togolais ?

Tu allumes la radio le matin, tu entends « la Cour de Justice de la CEDEAO a rendu un arrêt ». Sur Facebook, tout le monde commente. Les uns applaudissent, les autres crient à l’ingérence. Et toi, tu te poses une seule question : est-ce que ça va changer quelque chose dans ma vie ?

Pour comprendre, il faut repartir du début. La CEDEAO, c’est la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest. Elle est née le 28 mai 1975 à Lagos, au Nigeria. À l’époque, les chefs d’État de la région, dont le Togo, membre fondateur, voulaient une chose : ne plus avancer chacun dans son coin. Ils voulaient que les gens circulent librement, que les marchandises passent les frontières, que les pays s’entraident pour se développer. C’était l’idée de départ, l’intégration.

Pour faire tourner cette idée, ils ont créé des institutions petit à petit. D’abord la Conférence des Chefs d’État, qui décide des grandes orientations. Ensuite le Conseil des Ministres, qui prépare et suit les décisions. Puis la Commission, basée à Abuja, qui gère le quotidien de l’organisation. Après, le Parlement de la CEDEAO, qui est censé porter la voix des peuples. La Banque d’Investissement et de Développement, qui finance des routes et des projets. Et enfin la Cour de Justice, elle aussi à Abuja, qui est chargée de dire si un État a respecté les textes qu’il a signés. Sa force, c’est qu’un simple citoyen peut la saisir directement, sans passer par tous les tribunaux de son pays.

Sur le papier, un arrêt peut changer beaucoup de choses pour la personne concernée. Il peut demander à l’État de payer une indemnisation, de libérer quelqu’un, de corriger une injustice. Pour cette personne-là, oui, ça change tout. C’est une reconnaissance. C’est une victoire.

Mais pour le reste des Togolais, pour la majorité, ça ne change presque rien. Pourquoi ? Parce que la Cour n’a pas de moyens pour obliger un État à appliquer sa décision. C’est l’État lui-même qui doit décider de l’appliquer. Et souvent, ça traîne. Parfois, ça n’est jamais appliqué. L’arrêt reste dans un papier, on en parle deux jours, puis on passe à autre chose.

Et surtout, un arrêt ne remplit pas l’assiette. Il ne fait pas baisser le prix des vivres au marché de Légbassito. Il ne répare pas la route Kpala - Mission Tové, que les gens empruntent chaque jour dans la poussière et les nids-de-poule. Il ne donne pas de l’eau potable à un quartier qui attend le camion-citerne. Il ne paie pas le loyer d’une mère qui vend au bord de la route pour nourrir ses enfants. Il ne sécurise pas un village du nord qui vit dans la peur.

Il ne change pas non plus la précarité de la vie du journaliste togolais. Celui qui sort tous les jours, qui prend des risques pour informer, qui court après l’actualité sans assurance, sans salaire fixe, souvent sans même un contrat. Quand un arrêt tombe à Abuja, son mois n’est pas plus facile. Sa carte de presse ne lui donne pas de quoi payer son loyer, ni de quoi soigner sa famille. C’est ça, la réalité que beaucoup vivent en silence.

Et c’est dans la lutte contre le terrorisme que les insuffisances de la CEDEAO se voient le plus. En 2019, à Ouagadougou, les chefs d’État avaient annoncé un grand plan d’action avec 2,3 milliards de dollars pour combattre les groupes armés. Sur le papier, c’était fort. Sur le terrain, l’argent n’a jamais vraiment suivi. La Force en attente, censée intervenir rapidement, est restée en grande partie inopérationnelle. Les décisions sont lentes, elles passent par de longues réunions politiques, pendant que les groupes armés, eux, traversent les frontières en quelques heures, parce que les frontières sont poreuses et mal surveillées.

À cela s’ajoute le manque de partage du renseignement entre les États. Chaque pays garde ses informations pour lui, par méfiance, par rivalité. Il manque aussi les équipements : pas assez de drones, pas assez d’hélicoptères, pas assez de moyens logistiques pour tenir dans la brousse. Et depuis le départ du Mali, du Niger et du Burkina Faso, qui ont formé l’Alliance des États du Sahel, le dispositif est encore plus fracturé. Ces trois pays étaient au cœur du combat, avec les troupes, les bases et le renseignement. Sans eux, la CEDEAO n’arrive plus à mener une réponse collective cohérente. Résultat : chaque pays se débrouille seul. Le Togo, lui, a dû lancer sa propre opération Koundjoare et dépenser énormément pour sécuriser son nord, sans un appui régional structuré et durable.

Alors, ça change quoi ? Ça change quelque chose pour le droit, pour le principe, pour ceux qui ont gagné leur procès. Mais pour le quotidien de la plupart des Togolais, pour l’instant, presque rien. Et tant que ces décisions ne se transformeront pas en actions concrètes à Lomé, dans les marchés, dans les quartiers, dans les villages, les gens continueront à se demander : ces histoires d’arrêt, c’est pour qui au juste ?


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