La participation politique des femmes en chantier à Lomé
Une nouvelle génération de femmes politiques s'est donnée rendez-vous, ce mardi 16 septembre, pour trois jours qui pourraient bien compter dans la trajectoire de la participation féminine en Afrique de l'Ouest et centrale. Vingt-sept jeunes femmes venues du Bénin, de la République démocratique du Congo et du Togo ont pris place pour la Conférence régionale des jeunes femmes en leadership politique, organisée par le Groupe de réflexion et d'action Femme, Démocratie et Développement (GF2D), en partenariat avec la Fondation Hanns Seidel autour du thème « Présentation et échanges sur les différents programmes nationaux visant à promouvoir la participation politique des femmes : succès, défis et perspectives ».
Autour de la table d'honneur : le deuxième adjoint au maire de la commune du Golfe 2, M. Hounkporti, l'Ambassadeur de la République Fédérale d'Allemagne près de la République Togolaise, S.E.M. Stefan Messerer, la Directrice exécutive du GF2D, Mme Gina Adekambi, le Représentant régional de la Fondation Hanns Seidel pour l'Afrique de l'ouest M. Heinicke Goetz, et la représentante de la ministre togolaise des Solidarités, du Genre, de la Famille et de la Protection de l'Enfance, Mme Kododji Cherilatou Traoré. Une cérémonie sobre, mais dont chaque prise de parole a résonné comme un appel à l'action.
Un chiffre, trois pays, une même équation
Le constat, égrené tour à tour par les intervenants, tient en quelques chiffres qui disent, mieux qu'un long discours, l'ampleur du chemin restant à parcourir. Les femmes représentent 51,3 % de la population togolaise, 51,2 % de la population béninoise et près de la moitié de celle de la République démocratique du Congo. Pourtant, à l'Assemblée nationale, elles ne pèsent qu'environ 20 % des sièges au Togo, près de 28 % au Bénin — grâce à l'introduction de sièges réservés lors des législatives de 2023 — et à peine 13 % en RDC depuis les élections générales de la même année.
C'est cette « équation démographique non résolue », pour reprendre l'esprit des échanges de la matinée, qui a servi de fil rouge à une cérémonie d'ouverture dense en messages.
« Ce n'est pas parler uniquement des femmes »
Le premier à planter le décor fut l'ambassadeur d'Allemagne, dont le pays accompagne le Togo à travers la coopération allemande sur les questions de gouvernance, de décentralisation et d'égalité de genre. D'emblée, S.E.M. Messerer a situé l'enjeu au-delà de la seule question du genre.
« Parler aujourd'hui de la place des femmes en politique, ce n'est pas parler uniquement des femmes », a-t-il affirmé, ajoutant : « C'est parler de démocratie et d'État de droit. C'est parler de justice et de droits. C'est parler de développement inclusif et durable. »
Le diplomate a dressé un tableau sans concession des freins qui pèsent encore sur l'engagement politique des jeunes femmes — normes sociales, accès limité au financement, violences et harcèlement en politique — avant de livrer une formule qui a marqué les esprits dans la salle : « La participation politique des femmes n'est pas une faveur qui leur serait accordée : c'est un droit. » Il a appelé les hommes à devenir « des partenaires de cette transformation », rappelant que l'égalité « n'est pas un combat des femmes contre les hommes », mais « un projet de société collectif ».
La voix du GF2D : la solidarité comme symbole
Pour Mme Gina Adekambi, directrice exécutive du GF2D, la présence à Lomé de délégations venues du Bénin et de la République démocratique du Congo dépasse le cadre protocolaire. « Votre présence ici, à Lomé, est en elle-même un symbole puissant », a-t-elle déclaré à l'adresse des participantes, y voyant « celui d'une solidarité qui dépasse les territoires et qui unit les jeunes femmes d'Afrique de l'Ouest et d'Afrique centrale autour d'un même idéal ».
Mme Adekambi n'a pas éludé les tensions inhérentes à ce type de rencontre régionale, invitant les participantes à la franchise plutôt qu'à l'autosatisfaction : « Cette conférence n'aura de valeur que si elle nous permet de nous dire les choses telles qu'elles sont, de reconnaître nos limites autant que nos succès. » Une exigence assumée pour des travaux qui s'annoncent, sur les trois jours, aussi techniques que politiques.
Le Togo, terre d'accueil et pays en mouvement
Représentant la ministre togolaise des Solidarités, du Genre, de la Famille et de la Protection de l'Enfance, empêchée, Mme Kododji Cherilatou Traoré a saisi l'occasion pour dresser un état des lieux du dispositif national togolais en faveur de la participation politique féminine. Elle a cité le programme national pour le leadership politique des femmes, qui a permis la formation de 323 femmes et l'installation de 204 clubs cantonaux de paires éducatrices entre 2020 et 2026, ainsi que les 204 femmes candidates aux élections municipales de 2025 formées au leadership politique.
« La participation des femmes à la vie publique et politique n'est pas seulement une question de représentation », a-t-elle insisté. « Elle contribue à la qualité de notre démocratie, à la diversité des points de vue et à la construction de sociétés plus inclusives. » Une intervention conclue par la déclaration officielle d'ouverture des travaux, au nom du gouvernement togolais.
La Mairie du Golfe 2 : « Vous êtes le présent de l'action politique »
C'est sans doute l'une des formules les plus reprises de la matinée qui est venue du représentant du maire de la Commune du Golfe 2, municipalité hôte de la conférence. S'adressant directement aux jeunes participantes, il a récusé l'idée d'un leadership féminin à venir pour en affirmer l'actualité : « Vous n'êtes pas seulement l'avenir : vous êtes le présent de l'action politique. »
Il a salué l'initiative conjointe du GF2D et de la Fondation Hanns Seidel, estimant que la conférence dépasse le cadre d'un simple événement : « Vous créez un réseau, une solidarité régionale et une dynamique de coopération que nous appelons de tous nos vœux. » La Mairie du Golfe 2, a-t-il assuré, « restera toujours une maison ouverte aux initiatives qui promeuvent les droits de la femme et l'engagement citoyen des jeunes ».
Trois jours de travail, un fil culturel
Au-delà du symbole, l'agenda de la conférence se veut résolument opérationnel. Deux journées seront consacrées à quatre communications thématiques : cadres juridiques et programmes nationaux, bonnes pratiques, obstacles à l'engagement politique des jeunes femmes, perspectives de coopération régionale suivies de débats et de travaux de groupe destinés à déboucher sur des recommandations communes aux trois pays.
La troisième journée, elle, sera tournée vers l'immersion culturelle, avec la visite du Palais de Lomé, du Village artisanal et du Marché des fétiches d'Akodésséwa, avant un dîner de clôture réunissant participantes, anciennes bénéficiaires des programmes de la Fondation Hanns Seidel et décideurs politiques.
Un pari sur le réseau
Reste à savoir si cette conférence, comme l'espèrent ses organisateurs, parviendra à transformer trois jours d'échanges en dynamique durable. Les indicateurs fixés par le GF2D sont ambitieux : au moins 70 % des participantes devraient exprimer, à l'issue des travaux, une intention renforcée de s'impliquer dans les débats sociopolitiques de leur pays, et une plateforme d'échange régionale entre jeunes femmes politiques du Bénin, de la RDC et du Togo devra voir le jour.
