Pour qui se prend Patrice Neveu pour vouloir porter la main sur un journaliste ?
La scène est indigne d’un sélectionneur national. Lors de la conférence de presse de présentation de la liste des Éperviers pour la double confrontation face à l’Algérie, Patrice Neveu a offert au public togolais un spectacle affligeant. Interpellé par Espoir GATOH de Nana FM sur deux questions pourtant légitimes et mesurées - la qualification pour la CAN faisait-elle partie de ses missions contractuelles et quels étaient ses pronostics face à l’Algérie - le technicien français a perdu tout sang-froid. Au lieu de répondre avec la hauteur que commande sa fonction, il a vu dans ces interrogations une tentative de déstabilisation et a choisi l’invective.
Il y a là une incompréhension totale du rôle de la presse et du poste qu’il occupe. Un sélectionneur n’est pas au-dessus des questions. Il est redevable de son bilan, de sa stratégie et de ses résultats devant le peuple togolais dont il porte les couleurs. Quand Espoir GATOH rappelle que la qualification pour la CAN faisait partie de ses objectifs à sa signature, il ne fait que son travail : confronter le discours à l’engagement. Répondre que sa mission n’est pas de qualifier le Togo mais de le reconstruire, c’est déjà une pirouette sémantique difficilement audible pour des supporters qui attendent des victoires. S’en offusquer au point de s’emporter, c’est confondre contradiction et agression.
Mais le plus grave ne s’est pas joué devant les caméras. C’est après la clôture officielle que le vernis a craqué. Patrice Neveu s’est dirigé droit vers le journaliste, dans une attitude menaçante, prêt à en venir aux mains. Il a fallu l’intervention physique du staff et de confrères pour éviter le pire. Ce geste prémédité change tout : on ne parle plus d’un coup de sang, mais d’une tentative d’intimidation physique d’un professionnel dans l’exercice de ses fonctions. Et il faut le dire clairement : même la garde présidentielle, lors des cérémonies officielles les plus sensibles de la République, ne menace pas les journalistes. Elle encadre, elle sécurise, mais elle ne lève jamais la main sur la presse. Alors lui, il est qui ?
Car Patrice Neveu semble oublier qui il est et où il se trouve. Il n’est qu’un simple sélectionneur, un technicien étranger payé sur le dos du contribuable togolais, sans aucune référence majeure récente pour justifier une telle arrogance. Quel palmarès, quelle épopée avec le Togo autorise une telle suffisance ? Ses bracelets au poignet et son ton de donneur de leçons ne doivent pas lui faire oublier une réalité : ici, c’est la terre de nos aïeux. Cette terre ne tolère pas qu’on vienne humilier ses enfants parce qu’ils ont osé poser une question. Le Togo a accueilli Patrice Neveu, il ne lui appartient pas.
La Fédération Togolaise de Football ne peut rester silencieuse face à cette dérive. Si elle laisse passer cet acte sans recadrage ferme, elle envoie un message désastreux à toute la presse sportive : vous pouvez être pris à partie pour avoir simplement fait votre travail. Le journalisme n’est pas là pour applaudir. Il est là pour questionner, y compris quand ça fâche. Patrice Neveu doit des excuses publiques à Espoir GATOH, à Nana FM et à l’ensemble de la presse togolaise. Il doit comprendre que le maillot des Éperviers est sacré, mais que personne, surtout pas un sélectionneur de passage, n’est intouchable sur la terre de nos aïeux.


