Quand on mange dans la même cour, on ne se querelle pas, le chef de la maison risque de vous mettre tous dehors
C'est l'histoire d'un chef de famille qui a sous son toit plusieurs enfants. Généreux, il se bat jour et nuit pour que personne ne manque de rien. Il y a les enfants de la maison, ceux nés sous ce toit, et il y a ceux que la vie a déposés là, adoptés par la force des choses. Mais pour lui, il n'y a pas de différence. Ce qu'il veut, c'est la paix. Une maison calme, une tête tranquille pour pouvoir continuer à travailler pour le bonheur de toute la famille.
Le comble, c'est que deux enfants de cette même cour ont décidé de se donner en spectacle. L'un est de la maison, l'autre est venu après. Au lieu de laver leur linge sale en famille, ils ont choisi de crier si fort que tout le quartier est au courant. L'affaire a quitté la cour pour se retrouver sous l'arbre fétiche du village, là où on règle les grandes palabres. Et devinez quoi ? Ceux qui n'attendaient que ça se réjouissent. Ils tapent le tam-tam, ils pilent le bon manioc, ils préparent la sauce arachide avec la viande de brousse et sortent le vin de palme. Le malheur des uns fait la fête des autres.
Pourtant, les amis du chef de famille, les sages qui connaissent le prix de l'unité, tentent de calmer le jeu. Ils parlent aux deux frères : "Vous mangez dans la même assiette, vous buvez dans la même calebasse. Vous faites partie de la même famille. Un peu de retenue !" Ils savent que cette guerre n'arrange personne, si ce n'est les adversaires de la maison.
Et le chef de famille, lui, ne dit rien. Il observe. Il écoute. Mais ceux qui le connaissent bien savent que son silence n'est pas une faiblesse. Sa décision risque d'être radicale. Parce qu'il a besoin de paix pour avancer. Soit le fils qui a pris des ailes et qui pense pouvoir tout se permettre finira par quitter la cour, soit le fils de la maison ira habiter chez l'oncle pour calmer les esprits, soit les deux seront simplement mis dehors. Dans une maison, quand le désordre devient trop grand, le chef finit toujours par sévir.
Au fond, la leçon est simple. Quand on a la chance de manger dans la même cour, on ne se querelle pas devant les voisins. On règle ça entre frères, porte fermée. Sinon, le jour où le chef va se lever, il n'y aura plus de place pour personne.
Poesie