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Qui au juste a instauré au Togo 5000 F comme frais de reportage ?

Ndiinfos 03 NOV. 2026 a 00h19 4 min de lecture
Qui au juste a instauré au Togo 5000 F comme frais de reportage ?

Au Togo, c'est devenu une norme qui ne dit pas son nom. Une conférence de presse, un atelier dans une salle climatisée, un lancement de projet à 40 degrés sous le soleil, une tournée de terrain avec une autorité, généralement les mairies, tout est logé à la même enseigne : 5000 F. On vous tend l'enveloppe avec un sourire poli : "C'est toujours 5000 qu'on donne non ? On nous a dit que le reportage c'est 5000 F". Et les plus osés, y compris des institutions qui gèrent des budgets de millions, ajoutent sans gêne : "C'est ce qui est prévu, à prendre ou à laisser". Comme si le travail d'information valait moins qu'un ticket de restaurant.

Le plus difficile à admettre, c'est que cette dévalorisation vient aussi de l'intérieur de la profession. Il y a des confrères qui, par dignité, tentent de dire non. Parce que les 5000 F qui pouvaient encore dépanner à l'époque des aînés ne représentent plus rien aujourd'hui avec la vie chère. Mais à côté, d'autres frères et sœurs du métier vont eux-mêmes proposer aux organisateurs 3000 F, voire 2500 F, juste pour ne pas rentrer bredouille. Cette surenchère à la baisse affaiblit toute la corporation et donne aux commanditaires le prétexte idéal pour maintenir cette précarité. Comment réclamer du respect quand on brade soi-même son travail ?

Pourtant, tout le monde sait que le prix réel n'est pas celui-là. Ici même à Lomé, des confrères facturent 20 000 F, 25 000, parfois 50 000 F pour une seule couverture médiatique. Et ils ont raison. Il y a le transport, la connexion internet, les heures de rédaction, le temps de montage, et surtout la crédibilité qu'on engage. Mais ces tarifs restent l'exception. Il faut se souvenir qu'avant la COVID-19, les organisations de presse avaient tenté d'imposer une grille plus digne pour les prestations. La crise sanitaire a bousculé les équilibres économiques, on l'a compris. Mais plusieurs années après, cette initiative a tout simplement été abandonnée. C'est révélateur de l'état du journalisme togolais.

Du coup, beaucoup préfèrent se réfugier derrière la passion pour ne pas se sentir humiliés. On entend de plus en plus : "Je préfère publier gratuitement que de prendre 5000 F". Et il y a l'autre catégorie, ceux qui sont devenus des loups pour les autres. Des journalistes togolais comme nous, devenus patrons d'agences de communication, qui lorsqu'ils ont besoin de confrères pour couvrir leurs activités, proposent eux-mêmes des sommes dérisoires pour maximiser leur marge. Ils exploitent aujourd'hui la précarité qu'ils dénonçaient hier.

Au fond, le journaliste togolais ne vit plus de son métier, il survit à côté. Il est contraint de faire la cour aux autorités du matin au soir pour joindre les deux bouts, pour un petit billet. Et tout cela s'accompagne d'une hypocrisie ambiante. On affiche une solidarité de façade dans les groupes WhatsApp, on se dit "confrère", mais dans les coulisses, on se bat pour une ligne sur une liste de présence.

Alors, qui a instauré les 5000 F ? Personne ne l'a décrété, mais tout le monde l'entretient. Les organisateurs qui en profitent, oui, mais surtout nous qui l'acceptons. Tant que nous continuerons à considérer notre travail comme un pourboire et non comme une prestation professionnelle, personne ne nous respectera. Avec 5000 F, peut-on nourrir sa famille, payer son loyer et rester indépendant ?


Frédéric AGBEKO

Journaliste - Responsable du Groupe de Presse Ndiinfos

SG de l'OPPEL (Organisation Professionnelle de la Presse en Ligne) +228 92 55 91 91 - fagbeko33@gmail.com

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