Dans un long post publié sur sa page Facebook, l’Honorable Gerry Taama est revenu de long en large sur la note de service à l’attention des responsables d’hôtel du Grand Lomé signé par le ministre de la culture et du tourisme le Docteur Kossi Lamadoukou. Pour Taama , l’heure n’est pas aux menaces. Lisez plutôt !

Congés techniques et vaccination dans les hôtels, ça part un peu dans tous les sens

Je considère le ministre Lamadoukou comme un ami, mais quand il pose un acte administratif qui crée la polémique, mon devoir en tant que politicien de l’opposition est de le dénoncer publiquement, et aussi pour susciter le débat. Nous ne faisons pas suffisamment de débat contradictoire au Togo.
 
Le ministre du tourisme veut donc que les hôteliers mettent en congés techniques tout leur personnels qui serait rétifs à la vaccination, tout en reconnaissant que la vaccination n’est pas obligatoire.
 
D’abord, voilà ce que dit le code du travail sur le chômage technique (et non congés techniques, qui ne figurent pas dans le nouveau code déjà voté à l’assemblée nationale. L’article n’est pas plus différent dans le précédent)
 
“Article 66 : Le contrat est également suspendu pendant les périodes de chômage technique.
Le chômage technique est la suspension de tout ou partie des activités d’une entreprise confrontée à des difficultés revêtant un caractère exceptionnel, notamment en raison de la conjoncture économique ou d’un cas de force majeure liée entre autres, aux accidents survenus au matériel, à une interruption de la force motrice, à un sinistre, des aux intempéries, à une pénurie accidentelle de matières premières, d’outillage ou de moyens de transport.
 
L’employeur peut, après consultation des représentants des travailleurs et autorisation préalable de l’inspecteur du travail et des lois sociales, prendre des mesures visant à la sauvegarde de l’activité économique et de l’emploi, notamment la mise au chômage technique de tout ou partie du personnel de l’entreprise, que le contrat de travail soit à durée déterminée ou indéterminée.
 
L’inspecteur du travail et des lois sociales saisi de toute autorisation ou de tout renouvellement des mesures de sauvegarde de l’activité économique et de l’emploi dispose d’un délai de quinze (15) jours ouvrés pour procéder aux vérifications et notifier sa décision. Son silence à l’expiration de ce délai vaut autorisation.
 
Un accord entre l’employeur et les représentants des travailleurs peut, le cas échéant, préciser la durée du chômage technique et éventuellement la rémunération due au travailleur pendant cette période.
 
Les mesures de sauvegarde de l’activité économique et de l’emploi ne peuvent être prises pour une durée supérieure à trois (03) mois, sauf autorisation écrite du ministre chargé du travail et des lois sociales”
 
En français facile, il faut discuter avec les syndicats et les délégués du personnel, avoir l’accord de l’inspecteur du travail, et les congés techniques ne doivent pas dépasser 3 mois sauf autorisation spéciale. Bien entendu. On oublierait tout ça si une mesure avait été prise, dans le cas de l’état d’urgence, rendant la vaccination obligatoire. Dans ce cas, tout refus occasionnerait des sanctions.
 

J’ai juste trois observations à faire.

Le premier directeur d’hôtel qui mettra ses employés en chômage technique pour respecter la circulaire du ministre se verra attaquer immédiatement au tribunal du travail, car contraire aux dispositions de l’article 66 du code du travail. D’ailleurs, les congés techniques ne figurant pas dans le code, les directeurs d’établissement hôteliers n’auront donc pas de références juridiques. Il faut reprendre la note et parler plutôt de chômage technique que de congés techniques.
 
Ensuite, ce que le gouvernement a édicté comme règles pendant l’état d’urgence, ce sont les gestes barrières, et leur inobservation peut être sanctionnée. C’est le principe de l’état de droit. La loi est notre dictatrice. Un employés d’hôtel qui respecte scrupuleusement les gestes barrière agit dans le cadre de la loi. Point finale. Même le secteur de la santé n’a pas sanctionné les 10 % du personnel qui ne s’était pas fait vacciner dans la phase initiale. Pédagogie, pédagogie.
 
Pour terminer, n’ oublions pas que Astra zeneka a un taux de protection de 75%. On peut donc être vacciné et se faire contaminer. C’est de ça qu’il s’agit. L’objectif recherché est la vaccination de 60% de la population, pour atteindre l’immunité collective. Ceci devrait passer par la pédagogie et non les menaces.
 
Les gens oublient que la nature humaine à horreur des contraintes, plus vous obligerez les gens à se faire vacciner, moins ils répondront présents. Et je ne vois aucun directeur d’hôtel mettre en chômage technique son personnel pour subir des procès interminables. C’est pourquoi je continue à penser que les ministres doivent régulièrement consulter le secteur privé avant de pendre certaines décisions.
 
Nous mettons des années pour former notre personnel et trouver des personnes de confiance. Qui ira mettre en chômage technique son responsable accueil sous le prétexte que ce dernier ne s’est pas fait vacciner, vaccination qui n’est pas obligatoire. D’ailleurs, qui vous dit que les directeurs eux sont pressés de se faire vacciner ?
 
Je ne comprends pas pourquoi nos ministres ne se rendent pas compte que la meilleure façon d’amener nos concitoyens à se faire vacciner, c’est l’empathie et la commisération, appuyé de pédagogie. Mais pas la menace, surtout pas la menace.
Moi j’ai un problème avec tout ça. On dit que les frontières terrestres sont fermées alors que tout le monde y circule maintenant wayaaaa ! Et nous savons que les pays limitrophes se foutent un peu du coronavirus. Est ce que ce n’est pas ça qui met du sable dans notre gari ?
 
Pour finir, s’il faut vacciner le personnel des hôtels, il le faut aussi pour celui des restaurants, les commerçants, tout le personnel aux frontières, les enseignants aussi, hein ! Bientôt, ça va être chômage technique pour tout le monde. Une seule question : si les frontières terrestres sont fermées et l’aéroport soumis aux tests pcr, les malades la viennent d’où pour menacer les hôtels, étant donné que les résidants, bah résident chez eux, et non dans les hôtels. Question à 1 million de dollars.
 

C’est bon, moi même je suis fatigué d’écrire.

 
” Faisons doucement, doucement. Les gens sont trop fâchés dans pays là. Faut pas encore les énerver avec menaces là. Bref, moi je peux même parler à l’assemblée, il n’en reste pas moins que seul un juge administratif peut suspendre ou annuler cette note circulaire. C’est aux syndicats hôteliers de prendre leurs responsabilité. Un seul hôtel peut saisir le juge et sa décision fera jurisprudence “, conclut-il.
 
 
La Rédaction