MAEP-Togo : dix points d'écart, un défi à relever
Lomé accueille ce 17 septembre, un atelier de validation consacré au Rapport national sur la gouvernance (RNG), un exercice structurant pour la démocratie togolaise, focalisé cette année sur deux piliers essentiels de la vie citoyenne : l'accès à la justice et l'accès aux services communaux.
Un processus mûri depuis 2021
Engagé en novembre 2021, ce travail d'évaluation s'inscrit dans le cadre du Mécanisme africain d'évaluation par les pairs (MAEP), instrument continental créé en 2003 pour permettre aux États africains d'auto-évaluer volontairement leur gouvernance. Dans son discours d'ouverture, Victor Womitso, Président de la Commission nationale du MAEP Togo, a salué l'aboutissement d'« un travail intense et cadencé », fruit d'une collaboration étroite entre le comité technique de rédaction et le consultant national mandaté pour l'exercice.
Loin d'être un simple exercice administratif, ce rapport engage, selon M. Womitso, une véritable démarche collective : celle de « placer le citoyen au cœur de l'action publique ». Il a souligné que l'approche du MAEP repose sur trois principes cardinaux : la participation, l'objectivité et l'appropriation nationale écartant explicitement toute logique de sanction au profit d'une dynamique d'apprentissage et de partage d'expériences entre pairs africains.
Justice et services communaux : deux baromètres de la confiance citoyenne
Le premier axe du rapport interroge l'état de l'accès à la justice, pierre angulaire de l'État de droit. M. Womitso a rappelé que la confiance des citoyens dans les institutions judiciaires demeure conditionnée par l'existence d'un système « suffisant, accessible, équitable, diligent et performant » ,un objectif encore inabouti, dont les obstacles ont été clairement identifiés dans les travaux préparatoires.
Le second axe porte sur les services communaux, dans un contexte de décentralisation où les collectivités territoriales constituent le premier point de contact entre l'administration et les populations. La qualité de ces services, a-t-il insisté, demeure « un indicateur majeur de bonne gouvernance locale », appelant à davantage de transparence et de réactivité de la part des administrations de proximité.
Un écart persistant entre usagers et professionnels
L'intervention de M. Amlalo Mensah Sedo, expert en gouvernance administrative et locale et consultant en charge de l'étude, a livré des données chiffrées révélatrices. L'enquête, menée auprès des usagers et des professionnels des deux secteurs, met en évidence un écart constant d'environ dix points entre les deux perceptions.
Concernant la justice, les usagers évaluent leur satisfaction à 42 %, contre 52 % du côté des professionnels du secteur. S'agissant des services communaux, l'écart se maintient : 54,1 % de satisfaction perçue par les usagers, contre 64,0 % pour les professionnels.
M. Sedo a tenu à préciser la portée méthodologique de l'exercice : il ne s'agit pas de porter un jugement sur le travail accompli, mais de mesurer objectivement la performance au regard d'indicateurs précis, afin d'identifier les insuffisances et d'y apporter des solutions concrètes. « Nous sommes convaincus que ce document contribuera à éclairer la prise de décision au niveau des gouvernements », a-t-il affirmé.
Vers des recommandations actionnables
Au terme de cette rencontre, les participants représentants ministériels, société civile et secteur privé devront enrichir le document par leurs observations, dans un esprit de franchise et de responsabilité. L'objectif affiché est double : produire un rapport crédible et fidèle à la réalité du pays, et déboucher sur des recommandations concrètes et réalisables, susceptibles de nourrir directement l'action des pouvoirs publics.
Le processus s'inscrit dans le dispositif plus large du MAEP, qui organise l'évaluation de la gouvernance autour de quatre domaines thématiques démocratie et gouvernance politique, gouvernance économique, gouvernance d'entreprise, développement socio-économique et s'appuie sur des partenaires stratégiques tels que la Banque africaine de développement, la Commission économique des Nations Unies pour l'Afrique, le PNUD, la Fondation Mo Ibrahim et l'ACBF.


