Togo : l'excellence féminine reçoit ses lettres de noblesse
L'édition 2026 du Projet de l'excellence académique, du leadership et de l'employabilité de la fille togolaise a consacré ses lauréates, bachelières distinguées, dans une atmosphère mêlant émotion, fierté nationale et détermination collective, sous l'égide du ministère des Solidarités, du Genre, de la Famille et de la Protection de l'enfance, ce vendredi 18 septembre à Lomé.
Une politique publique assumée
Dans une agora où se côtoyaient ministres, autorités administratives, représentants du système des Nations Unies et de Plan International Togo, la cérémonie s'est tenue sur un rappel des enjeux structurels qui sous-tendent cette initiative. Dans son allocution, la ministre a situé l'événement dans une perspective résolument politique : celle de faire de l'éducation des filles un levier d'autonomisation et, par extension, un instrument d'égalité entre les sexes. Elle a rattaché cette démarche à la vision portée par le gouvernement togolais, dont le triptyque « Protéger, Rassembler, Transformer » a inspiré plusieurs mesures incitatives — programme de bourses d'excellence dans les filières techniques, création des Instituts de formation en alternance pour le développement, multiplication des centres de formation professionnelle sur le territoire.
Des chiffres qui disent le chemin parcouru
Au-delà du symbole, la ministre s'est appuyée sur des données précises pour mesurer les avancées enregistrées. Selon l'annuaire national des statistiques de l'éducation, le taux de réussite des filles au baccalauréat deuxième partie, série D, est passé de 67,87 % en 2021-2022 — alors inférieur à celui des garçons — à 77 % en 2023-2024, devançant désormais leurs homologues masculins (75,6 %). Dans l'enseignement technique et professionnel, la progression est tout aussi significative : la part des filles en série F1 est passée de 2,58 % en 2020 à 7,3 % en 2024.
Des progrès réels, mais encore fragiles et inégalement répartis. La ministre n'a pas éludé les zones d'ombre : si la parité est acquise dans le primaire, les écarts se creusent dans les cycles supérieurs et, surtout, dans le choix des filières. Les données 2024-2025 de l'enseignement technique et professionnel l'illustrent sans ambiguïté : les filles représentent 58,5 % des effectifs en série G2, contre seulement 8 % en série F3 — signe que les filières scientifiques et techniques de pointe demeurent, dans les faits, largement désertées par les jeunes filles.
« Protégez votre avenir » : un message de vigilance et d'espoir
S'adressant directement aux lauréates, la ministre leur a transmis les félicitations du Chef de l'État et de la nation tout entière, les invitant à « maintenir le cap de l'excellence » sans se laisser distraire. Un appel à la lucidité a accompagné les encouragements : celui d'utiliser les outils technologiques à bon escient, « pour ne pas se détruire et compromettre son avenir », et de s'appuyer sur les parents et les services techniques de l'État pour orienter leurs choix.
En récompense de leurs résultats au BAC II, chaque lauréate a reçu un ordinateur portable et une attestation de mérite — un geste symbolique, mais aussi un outil concret pour poursuivre des études supérieures dans de meilleures conditions.
La voix des lauréates : gratitude et détermination
Parmi les récipiendaires, Douhadji Emmanuella a livré un témoignage empreint de sincérité et de gravité. « Je me sens très contente, très fière. On a reconnu notre travail, notre discipline », a-t-elle confié, avant de résumer sa trajectoire en quelques mots simples : « C'est avant tout une question de travail et de discipline. Pas à pas, sans chercher à en faire trop, mais avec de la rigueur. Il faut aussi beaucoup de courage, car ce n'est pas facile. Et puis, il y a la grâce de Dieu. »
Sa reconnaissance envers les donateurs de l'ordinateur reçu s'est exprimée sans détour : « Je voudrais les remercier, parce que j'avais vraiment besoin d'un ordinateur. Je tiens à leur dire merci du plus profond de mon cœur pour ce cadeau. » Un outil qu'elle envisage déjà comme un tremplin vers ses études supérieures.
Mais c'est peut-être dans son message aux jeunes filles hésitantes que sa parole a résonné avec le plus de force. À celles qui doutent encore de s'engager dans les séries scientifiques ou techniques, elle a lancé un appel vibrant : « C'est un privilège d'avoir pu suivre ces filières. Beaucoup n'ont pas eu la chance de continuer jusqu'ici — elles ne sont pas parmi nous aujourd'hui. » Une manière de rappeler que la réussite scolaire des filles togolaises reste, pour beaucoup, un parcours semé d'obstacles. Elle les a exhortées à « persévérer, à choisir les séries scientifiques et techniques, à aller de l'avant, à devenir de grandes femmes, les leaders de demain, capables de prendre toute leur place aux côtés des hommes ».
Un engagement gouvernemental appelé à durer
L’ancrage de cette initiative — portée depuis 2017 avec l'appui constant des partenaires techniques et financiers — dans la Feuille de route gouvernementale 2026-2031 et dans les Objectifs de développement durable 4, 5 et 8, relatifs respectivement à l'éducation de qualité, à l'égalité des sexes et au travail décent n’est plus à démontrer. Il incombe dorénavant un renforcement des moyens pour « des interventions plus holistiques, et sur la durée », condition, pour maximiser l'impact du programme sur les générations futures.
Un engagement que Douhadji Emmanuella semble avoir pleinement intériorisé, elle qui conclut, avec une gravité qui dépasse son âge : « Je promets de continuer mes études, d'utiliser cet ordinateur à bon escient, de m'en servir pour faire des recherches, et d'atteindre mes objectifs. »


